Négociation sur l’encadrement : le Medef passerait le statut par pertes et profits

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20 janvier 2020

Temps de lecture : 3 minutes

Pertes pour les ingés, cadres, techs et agents de maîtrise, au seul profit de quelques entreprises, essentiellement celles du CAC 40.

Elisabeth Tomé, la voix de la fraction la plus radicalisée du Medef, celle dont le centre de gravité est Hubert Mongon, délégué général de l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie), a fermé toute perspective pour l’encadrement en France.

En violation de l’article 8 de l’accord du 30 octobre 2015, le Medef refuse :
• De négocier un accord national interprofessionnel : très explicitement, Madame Tomé a expliqué qu’il n’y aurait pas d’accord. Patrick Cheppe, pilote officiel de la négociation, a expliqué pourquoi : un juge ne doit pas pouvoir tirer une jurisprudence de ce que nous écrirons.
• D’acter une définition nationale interprofessionnelle des personnels d’encadrement : serait cadre la personne arbitrairement désignée comme telle par son employeur.

Le Medef autorise ainsi un dumping sans précédent entre groupes internationaux et petites entreprises, entre territoires et entre secteurs professionnels.

Les petites entreprises, dont la voix est inaudible dans la négociation, faute d’un statut homogène et national de l’encadrement, n’auraient à l’avenir aucune possibilité d’être attractives pour les meilleurs profils d’ingénieurs, de cadres et de techniciens.
• De maintenir le dispositif de prévoyance tel qu’acté dans l’accord du 30 octobre 2015, pourtant élargi et étendu : c’est une invitation implicite à déroger au taux de cotisation de 1,5 % à la charge exclusive des employeurs, pour créer une part salariale de cette cotisation en réduction du salaire net des intéressés. Avec pour argument : pas vu, pas pris.

Prêtes à en rajouter au cadre bashing ambiant, les entreprises se défaussent en outre de toutes leurs responsabilités, environnementales, sociales, économiques, pénales et civiles sur les personnels d’encadrement, qu’ils exercent ou pas des fonctions de management (le tout sans leur donner aucun moyen, aucune protection, aucune contrepartie salariale, aucune possibilité d’intervenir sur les orientations stratégiques de l’entreprise, sur son organisation, sur la santé, sur les risques psycho-sociaux).

Pire, les cadres devraient renoncer à leurs propres droits : par exemple, puiser dans leur compte personnel de formation et inviter leurs équipes à en faire autant pour mieux exonérer les entreprises de leurs propres obligations en matière de formation.
Et c’est bien là la seule orientation de fond du document remis : les cadres et assimilés, sont responsables de tout, les entreprises, ne sont responsables de rien.

Le Medef ne saurait mieux faire la démonstration que sa parole ne vaut plus rien quitte à faire du paritarisme un jeu de dupes… Un comportement qui risque fort d’accroître la colère des cadres et invite à un renforcement de leur implication dans le mouvement social en cours.

Mais forte de leur unité syndicale, les organisations de salariés ne renoncent pas à ré-écrire et défendre une copie qui réponde aux aspirations légitimes de l’encadrement.

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