Baromètre Ugict-CGT/Sécafi/Viavoice

Professions techniciennes et intermédiaires : des problématiques communes avec les cadres

Professions techniciennes et intermédiaires ou cadres, les problématiques par rapport au travail se superposent. La pression professionnelle s’accentue.

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11 avril 2018

Temps de lecture : 9 minutes

C’est ce que révèle le nouveau baromètre Ugict-CGT/Secafi réalisé par Viavoice et présenté au 18e congrès de l’Ugict-CGT qui s’est tenu du 20 au 23 Mars 2018. Points forts.

Avec l’instabilité des organisations de travail et des situations individuelles, l’augmentation de la charge et de l’intensité du travail, les professions intermédiaires souhaitent majoritairement disposer d’un droit à la déconnexion qui leur permettrait de d’assurer un cadre de vie équilibré, dans et hors travail. L’enquête révèle que les pratiques managériales contraignantes, les conflits avec l’éthique professionnelle les poussent à souhaiter un droit d’alerte dans le cadre de l’exercice de leurs responsabilités. Elles expriment aussi un manque de reconnaissance face à leurs responsabilités professionnelles, l’absence d’évolution professionnelle et la faiblesse de leur niveau de salaire.

Enfin, leur niveau d’implication dans le travail et la hausse de leur charge de travail les conduit à effectuer des heures supplémentaires sans que cela se traduise par une meilleure reconnaissance des qualifications, ou encore par une revalorisation salariale.

Un manque de reconnaissance professionnelle

D’une manière générale, le sentiment « d’être reconnu·e dans son travail » reste très bas 34 %). La situation est plus dégradée dans la Fonction publique que dans le secteur privé. Aujourd’hui, 52 % des sondé·e·s ne s’estiment pas reconnu·e·s dans leur travail.

Le déficit de reconnaissance professionnelle par le niveau de rémunération est plus important. 

Les sondé-e-s expriment une insatisfaction très notamment sur leur rémunération par rapport au temps de travail réel (53,9 %), ou aux responsabilités exercées (54,7 %) sans oublier leur qualification.

Si l’accès à la formation professionnelle correspond aux besoins professionnels pour 57 % des sondé.e.s, elle plafonne à 46 % par rapport demandes exprimées. Pour 74 % des sondé.e.s il n’y a pas d’évolution professionnelle.

Le déficit de reconnaissance professionnelle par le niveau de rémunération est plus important dans la Fonction publique que dans le secteur privé. L’écart atteint 15 points sur le critère « niveau de responsabilité » (31,4 % dans la Fonction publique vs 46,3 % dans le privé). Ainsi, 66,6 % des salarié-e-s de la Fonction publique considèrent que leur niveau de rémunération n’est pas en adéquation avec leur niveau de responsabilité.

Un temps de travail qui explose

Les professions techniciennes et intermédiaires déclarent travailler plus de 40 heures par semaine pour 61 % d’entre elles, et plus de 45 heures hebdomadaires pour 23 % d’entre elles.

Cette évolution s’oppose aux aspirations exprimées à plus d’équilibre entre leur vie privée et professionnelle et à une meilleure qualité de vie au travail. Il est nécessaire de réinterroger les organisations du travail, le mode de management (délai de plus en plus court, objectifs de plus en plus déconnectés de la réalité,…), la charge de travail et son évaluation, notamment face aux moyens dont ils disposent pour exercer son activité professionnelle.

Les femmes préfèrent la récupération au paiement des heures supplémentaires.

Les heures supplémentaires se sont banalisées au point d’être structurellement nécessaires pour assurer l’activité professionnelle normale, même en période de baisse d’activité économique. Une réalité désormais partagée par 53 % des sondé·e·s. Les jeunes (< 30 ans) sont plus concernés

Pour 39 % des sondé·e·s, il n’y a ni paiement ni récupération de ces heures supplémentaires effectuées.

A noter les différences importantes entre les femmes et les hommes entre la préférence pour le paiement des heures supplémentaires (19,8 % vs 30,6 %) ou leur récupération (39,4 % vs 32,6 %), liée au fait que les femmes assurent toujours l’essentiel des tâches ménagères et que leur temps de travail est plus contraint.

L’augmentation de la charge de travail est une réalité largement partagée dans les professions techniciennes et intermédiaires, à hauteur de 58 %, quels que soient le secteur professionnel et la taille de l’entreprise. On note une augmentation de la charge de travail plus forte dans la Fonction publique.

L’urgence du droit à la déconnexion

Le cadre d’exercice professionnel est marqué par une charge de travail en forte croissance avec des heures supplémentaires. Dans ce contexte, l’usage actuel des TIC participe à l’intensification du travail. Cette réalité est sensiblement plus forte dans la Fonction publique par rapport au secteur privé.

Si les femmes et les hommes affichent sensiblement la même perception de débordement de la vie professionnelle sur la vie privée (45,5 % vs 45,3 %), elles considèrent davantage que l’usage des TIC facilite le travail (50,4 % vs 43,5 %).

Avec l’usage des technologies numériques, les professions techniciennes et intermédiaires sont contraintes à une large disponibilité et à une réactivité permanente. Elles dénoncent des difficultés à accomplir des tâches dans un contexte d’intensification du travail, de dispersion et de fragmentation de l’activité.

Ils sont donc 64 % à souhaiter disposer d’un droit à la déconnexion effectif

Cette aspiration est aujourd’hui largement majoritaire quel que soit la taille de l’entreprise et le secteur d’activité.

Un an après l’entrée en vigueur de la loi qui a introduit cette obligation de négociation, force est de constater dans les faits l’insuffisance de cette loi qui autorise l’employeur à s’en sortir avec une charte unilatérale à défaut d’accord.

Après avoir été à l’origine du débat public en France, l’Ugict-CGT va poursuivre sa bataille pour la réduction du temps de travail et la conquête de nouveaux droits à l’heure de la transformation numérique avec sa campagne « Construire le numérique autrement ».

Pour un droit d’alerte, de refus et d’alternative

L’éthique professionnelle entre en contradiction avec les choix et pratiques réels dans 68 % des cas. Etre confronté à une telle situation est une source de mal être. Conjugué à l’exposition à d’autres facteurs défavorables, comme la surcharge de travail, le manque de reconnaissance, ou de soutien cette contrainte peut conduire à la perte de repères et à l’épuisement professionnel.

Le résultat témoigne de l’attachement des professions techniciennes et intermédiaires à vouloir travailler en respectant les règles et l’éthique professionnelle, même dans un contexte défavorable.

Ils sont 58 % à souhaiter disposer d’un droit d’alerte dans le cadre de l’exercice de leurs responsabilités, afin de pouvoir refuser des directives contraires à leur éthique. Cette aspiration est largement majoritaire dans la Fonction publique (72,2 %) et dans le secteur privé (66,7 %).

Des droits nouveaux permettant aux professions techniciennes et intermédiaires de pouvoir exercer un « droit d’alerte, de refus et de proposition alternative » permettraient de remédier à ces blocages et servir d’alerte pour les directions. Les professionnels ne seraient plus coincés dans un choix binaire, se soumettre ou se démettre.

Pour l’Ugict-CGT, il est urgent de donner un statut protecteur à tout salarié rapportant des faits contraire à l’éthique ou à la déontologie professionnelle. L’exemple significatif des lanceurs d’alertes montre jusqu’où peuvent aller les atteintes à l’intérêt général et la vulnérabilité de ses salariés qui s’exposent pour faire prévaloir l’éthique et l’intérêt général.

L’Ugict-CGT porte cette proposition dans le cadre de la négociation sur le statut de l’encadrement. 

Des pratiques managériales qui se dégradent

La dégradation des conditions d’exercice professionnel s’accompagne de pratiques managériales contestées. Dans ce contexte de travail instable et tendu, 43 % des sondé·e·s estiment ne pas pouvoir effectuer un travail de qualité. La Fonction publique est plus concernée que le secteur privé (50 % vs 40 %).

L’évaluation individuelle est largement discréditée.

Plus de 45 % des sondé·e·s estiment que les pratiques managériales se sont dégradées au cours de l’année, seulement 13 % voient une amélioration Cette détérioration est plus sensible dans la Fonction publique par rapport au secteur privé (55,7 % vs 40,9 %).

L’évaluation individuelle est largement discréditée : mauvais critères, absence de transparence, non reconnaissance du travail

C’est à l’approche de la deuxième partie de carrière (40 ans) que le ressentiment est le plus fort sur les critères de l’évaluation (+de 70 %).

Défendre ses droits

Les professions techniciennes et intermédiaires sont d’abord sur une approche individuelle pour défendre leurs droits et leur emploi (54 %). Les syndicats arrivent en 2ème position (27 %), devant les avocats (9 %), la direction (7 %), les pouvoirs publics (2 %) et les partis politiques (1 %).

L’analyse par taille d’entreprise montre que le défaut d’implantation syndicale favorise l’approche individuelle. Ainsi, dans les petites entreprises de moins de 50 salarié·e·s, les professions techniciennes et intermédiaires déclarent d’abord compter sur eux-mêmes (65 %) et placent les syndicats et les avocats quasiment au même niveau (12 % vs 11 %) pour se défendre. Le déterminant de la présence syndicale se retrouve dans la Fonction publique où les syndicats sont plus présents, les syndicats arrivent juste en tête (43 %) devant l’approche individuelle.

Lien vers le site dédié à la négociation sur la définition et le statut de l’encadrement : ugict.cgt.fr/encadrement/

Lien vers le décryptage sur l’état de l’opinion des techs et professions intermédiaires en 2018 : ugict.cgt.fr/articles/references/decryptage–lopinion-et-les-attentes-des-technicien%C2%B7ne%C2%B7s-et-professions-intermediaires-en-2018

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