Rapport

Lutter contre les inégalités passe aussi par le renforcement des droits des travailleurs

Oxfam : combattre les inégalités, lutter contre la pauvreté

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29 janvier 2018

Temps de lecture : 8 minutes

Le dernier rapport de l’ONG Oxfam sur les inégalités dans le monde fournit, comme les précédents rapports de cette organisation, des éléments très intéressants sur les inégalités dans le monde. Cet aspect du rapport a fait l’objet de nombreux commentaires dans les média.

Ce rapport insiste également sur l’importance des droits des travailleurs pour lutter contre les inégalités, mais cet aspect n’est pas suffisamment mis en avant.

Les inégalités augmentent partout, y compris en France

Le rapport d’Oxfam montre, chiffres à l’appui, que les plus riches s’emparent une part de plus en plus importante des richesses qui sont produites par les travailleurs.

Ainsi : « en 2017, 28 % des richesses créées en France ont profité aux 1 % les plus riches alors que les 50 % les plus pauvres ne se sont partagés que 5 % de cette croissance. Une tendance à l’accroissement des richesses qui devrait s’accentuer davantage encore à la suite de la dernière réforme fiscale du gouvernement qui profitera essentiellement aux plus aisés. » (p. 17)

Le phénomène s’observe également dans les autres pays. Ainsi, « 82 % de la croissance des richesses créées dans le monde l’année dernière ont profité aux 1 % les plus riches, alors que la situation n’a pas évolué pour les 50 % les plus pauvres. »

Le graphique suivant résume l’évolution de la hausse des revenus à travers le monde au cours des quatre dernières décennies. Il met en évidence la forte hausse des revenus les plus élevés.

Source : Oxfam, Rapport 2018, P. 28

S’agissant des inégalités, parmi de nombreux autres faits marquants de ce rapport, on citera ici les suivants (p. 8) :

  • « Le nombre de milliardaires a connu l’année dernière sa plus forte hausse de l’histoire, avec un nouveau milliardaire tous les deux jours. On dénombre actuellement 2.043 milliardaires en dollars dans le monde. Neuf sur dix sont des hommes ;
  • « En 12 mois, les richesses de ce groupe d’élite ont augmenté de 762 milliards de dollars, soit plus de sept fois le montant qui permettrait de mettre fin à la pauvreté extrême dans le monde ;
  • « Au cours des dix dernières années, les travailleurs et travailleuses ordinaires ont vu leurs revenus augmenter de 2 % en moyenne par an, tandis que la fortune des milliardaires a, elle, augmenté de 12 % par an, presque six fois plus vite ;
  • « Alors que les milliardaires ont vu leur fortune augmenter en une année de 762 milliards de dollars, les femmes ont réalisé l’équivalent de 10.000 milliards de dollars de travail de soin non rémunéré en soutien à l’économie globale ;
  • « 42 personnes détiennent à elles seules autant que les 3,7 milliards de personnes les plus pauvres ;
  • « 61 personnes possèdent à elles seules autant de richesses que les 50 % les plus pauvres ;
  • Les 1 % les plus riches continuent de posséder plus de richesses que le reste de l’humanité. »

Les lois qui protègent les travailleurs réduisent aussi les inégalités

Au-delà de la question cruciale du partage injuste des richesses, le rapport d’Oxfam aborde la question de la relation entre les droits des travailleurs et les inégalités. Plus précisément, il confirme que lorsque ces droits sont bafoués, les inégalités augmentent.

Le rapport souligne à juste titre (p. 43 et suivantes) : « La création d’emplois décents pour les citoyen-ne-s ordinaires et la part croissante du revenu national revenant aux travailleuses/travailleurs et aux productrices/producteurs, notamment les femmes, est incontournable dans la lutte contre les inégalités. »

L’Oxfam reprend ici la définition de l’Organisation internationale du travail (OIT) du « travail décent ». Celui-ci correspond à un emploi ayant les caractéristiques suivantes :

  • Un revenu équitable ;
  • La sécurité sur le lieu de travail et une protection sociale pour les travailleuses et travailleurs et leur famille ;
  • De meilleures perspectives en matière de développement personnel et d’intégration sociale ;
  • La liberté d’exprimer ses préoccupations, de s’organiser et de participer aux décisions affectant sa propre vie ;
  • Un traitement et des opportunités équitables pour toutes les femmes et tous les hommes. »

Rappelant que « un travail décent et décemment rémunéré est l’essence même d’une économie prospère » et que « accroître l’accès à un travail décent stimule l’égalité », le rapport cite deux exemples opposés.

  • « Au Brésil, les changements opérés dans la répartition des salaires et l’emploi rémunéré ont représenté 72 % de la réduction des inégalités descendantes (« top-to-bottom ») entre 2001 et 2012. »
  • « À l’inverse, en Espagne, 90 % de l’augmentation des inégalités sont imputables à la chute des salaires et à la perte d’emplois entre 2006 et 2010. »

L’importance de l’organisation des travailleurs pour lutter contre les inégalités

Le rapport d’Oxfam mentionne également l’importance de l’organisation des travailleurs pour lutter contre les inégalités : « Les travailleuses/travailleurs et les productrices/producteurs organisé-e-s forment un contrepoids puissant aux intérêts des riches. Les droits défendus par les travailleuses et les travailleurs organisé-e-s (comme les salaires minimum, le droit aux congés, la compensation des heures supplémentaires et le congé parental) bénéficient à l’ensemble de la main-d’œuvre, ce qui réduit les inégalités économiques et les inégalités entre les femmes et les hommes. »

C’est au sein des entreprises que les inégalités se créent

Ce fait majeur est à juste titre souligné dans le rapport.

Ainsi, « la France est la championne d’Europe pour le montant de dividendes versés par les entreprises à ses actionnaires. Le taux de redistribution des dividendes des entreprises du CAC 40 augmente chaque année un peu plus et dépasse désormais les 50 % contre 33 % au début des années 2000. Ainsi, ce sont plus de 44 milliards d’euros qui ont été reversés en 2017 par les entreprises du CAC 40, soit trois fois plus qu’il y a 15 ans. Dans le même temps, le salaire moyen n’a augmenté que de 14 % en France » (p. 18).

« Dans cette course à la rémunération des actionnaires, trois entreprises françaises se distinguent : Total, Sanofi et BNP qui ont, à elles seules, versé un tiers des dividendes des entreprises du CAC 40 en 2017. Sanofi et Total se classent également dans le top 10 des entreprises mondiales qui ont versé le plus de dividendes en 2016. Ces entreprises ne sont pas seulement généreuses avec leurs actionnaires mais également avec leur PDG : Olivier Brandicourt, le PDG de Sanofi gagne ainsi en moins d’une journée le revenu annuel moyen d’un français. »

Le rapport mentionne un fait indéniable : « En bout de chaîne, ceux qui en paient le prix sont les travailleurs et travailleuses sur qui s’exerce une pression importante et qui ne reçoivent pas le salaire et les ressources à la hauteur de leurs efforts. Ainsi, il faudrait 11.674 années à un-e salarié-e du textile au Bangladesh pour gagner ce que gagne en une année le PDG de Carrefour… A l’inverse, 10 % des dividendes versés par Carrefour à ses actionnaires en 2016 suffirait à assurer un niveau de vie décent pour plus de 39.000 travailleurs du secteur du textile au Bangladesh. »

En guise de conclusion : pour lutter contre les inégalités, il faut changer les choix politiques et les choix de gestion des entreprises ; il faut aussi renforcer les droits du travail

On le voit bien, les inégalités se créent dans l’entreprise et se propagent dans la société. Pour lutter contre les inégalités il faut donc agir dans trois domaines :

  • Sur les choix stratégiques des entreprises : statut et conditions du travail et de l’emploi, salaire, partage de la valeur ajoutée, investissement, formation, recherche, etc.
    Cela implique des droits pour les salariés et leurs représentants pour intervenir sur les choix de gestion de l’entreprise.
  • Sur les choix politiques. Par exemple, les choix fiscaux décidés par l’actuel gouvernement favorisent les riches et augmentent les inégalités.
    De la même manière, les ordonnances sur le travail réduisent les droits des travailleurs et leurs représentants, ce qui comporte, entre autres, le risque d’aggraver davantage les inégalités, comme le montre le rapport d’Oxfam.
  • Enfin, lutter contre les inégalités nécessite de combattre le dumping social à travers le monde, comme en atteste, par exemple, le cas de Carrefour cité dans le rapport d’Oxfam.

Cela implique de renforcer la solidarité internationale des travailleurs, y compris par le renforcement des droits des instances de représentation des salariés au sein des groupes multinationaux.

Cet article est tiré d’une note du pôle éco de la CGT

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