Assurance chômage

Après l’échec des négociations, le gouvernement prend la main

Parce qu’il avait exigé des économies insupportables sur le dos des chômeurs, le gouvernement a créé les conditions d’un échec des négociations sur l’assurance chômage qui a finalement été acté le 20 février. Désormais, la balle est dans le camp de l’exécutif qui n’a pas abandonné ses prétentions. Dans cette vidéo, le négociateur de la CGT Denis Gravouil fait le point.

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4 avril 2019

Temps de lecture : 4 minutes
Denis Gravouil rappelle que cette négociation a été inscrite à l’agenda par la seule volonté d’Emmanuel Macron. Il en a fixé le cadre et a prédéterminé les résultats auxquels syndicats et patronat devaient parvenir : réaliser des économies (1,3 milliard d’euros en 2019), lutter contre le recours aux contrats courts, renforcer les contrôles et durcir les sanctions contre les demandeurs d’emploi qui ne feraient pas les démarches pour retrouver un emploi.

Le dirigeant de la CGT en charge de cette négociation en vient ensuite aux pistes étudiées par le gouvernement qui désormais a repris la main après que les négociations se soient terminées sans accord entre syndicats et patronat, gestionnaires de l’assurance chômage.

Les cadres comme boucs-émissaires

Parmi ces pistes, celle d’un abaissement du plafond des allocations des cadres, ainsi stigmatisés comme profitant d’un système trop généreux. Actuellement,  allocations et cotisations sont plafonnées à 4 fois le plafond de la Sécurité sociale, c’est-à-dire qu’il n’y a ni cotisation ni allocation sur la part de salaire supérieur à 13 508€ brut mensuel. Les allocations sont de fait plafonnées à 7 700 euros. « Abaisser ce plafond, comme le propose le gouvernement ferait perdre des ressources à l’UNEDIC et pousserait les cadres supérieurs à se tourner vers des assurances individuelles pour assurer le maintien de leur niveau de vie » , prévient l’organisation syndicale spécifique des cadres CGT. L’Ugict-CGT rappelle aussi que « les cadres étant moins souvent au chômage que les autres salariés, leurs cotisations sont largement supérieures aux allocations perçues : 42 % des ressources du régime d’assurance chômage sont assurées par les cotisations des cadres, alors qu’ils représentent seulement 15 % des dépenses » .

La CGT propose de déplafonner totalement

Au contraire, la CGT propose de « déplafonner totalement les cotisations et les allocations chômage. Les chiffrages présentés par l’UNEDIC lors de la séance de négociation du 15 janvier 2018 confirment que cette proposition permettrait de renforcer les protections de l’assurance chômage tout en dégageant des recettes supplémentaires importante » . Déplafonner totalement les cotisations et allocations (c’est à dire étendre les cotisations à l’ensemble du salaire brut et ne pas limiter le montant des allocations) rapporterait quand même 780 millions de ressources supplémentaires à l’assurance chômage.

Denis Gravouil met en garde : « demain, on nous expliquera que si même les cadres ont été mis à contribution, on peut exiger des efforts de toutes les autres catégories » .
La volonté gouvernementale d’opposer les chômeurs entre eux ou les chômeurs avec les salariés en emploi s’est encore illustrée avec les propos de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, le 26 février dernier prétendant qu’un chômeur sur cinq gagne plus à rester au chômage qu’à travailler. Une vieille lune des libéraux qui fait bondir le négociateur de la CGT. « C’est faux, c’est de la manipulation de chiffres » , proteste Denis Gravouil . Il rappelle que si 2,2 millions de salariés alternent des périodes de chômage et d’emploi en contrats courts, ils ne sont indemnisés au chômage qu’une fois sur trois, ce qui ramène leur nombre à 800 000 personnes. Il s’étonne des chiffres avancés par Pôle emploi alors que même l’Unedic reconnaît que seuls 4 % de chômeurs seraient concernés et encore s’agit-il de personnes qui touchent de faibles revenus en cumulant allocations et salaire.

Bonus-malus sur les contrats courts : la fausse bonne idée

Troisième volet de mesures à l’étude par l’exécutif, l’instauration d’un bonus-malus sur les contrats courts. Mais si l’idée peut sembler séduisante de pénaliser le recours de plus en plus massif aux CDD de plus en plus courts, la CGT n’y est pas favorable comme l’explique Denis Gravouil. La CGT propose à l’inverse un malus « partagé entre donneurs d’ordre et sous traitants » , les premiers ayant la fâcheuse tendance à maximiser leurs profits en obligeant la chaine des sous traitants à précariser l’emploi.
Enfin, le gouvernement envisage aussi de remettre en cause le système dit de « l’activité  conservée » qui permet à des salariés ayant plusieurs employeurs d’être indemnisés lorsqu’ils perdent un de leurs contrats. C’est le cas par exemple des assistantes maternelles du particulier employeur mobilisées avec le soutien de la CGT commerce et services dans le mouvement des gilets roses ou encore des journalistes pigistes.

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